Géographies imaginaires

Dans le cadre de la formation continue adressée aux enseignants d'histoire de l'art du cycle d'orientation et de l'enseignement postobligatoire de Genève, un groupe d'étudiant du CCC(Ecole Supérieur des Beaux-Arts)(Murièle Begert, Mouhamed Coulibaly, Olivier Desvoignes, Marianne Guarinot-Huet, Coline Guggisberg, Sandra Irsapoullé, Jonas Scheu)était invité à travailler autour du thème Orient-Occident avec trois classes du cycle et du collège. Une exposition mettant en scène les réalisations des élèves a ensuite été montée et une journée de conférence (programme de la journée) destinée aux enseignants organisée.


   
Comment se représente t’on l’ailleurs, l’autre ? Quelle est notre vision des cultures que nous connaissons peu ou mal ? Quelle est l’influence des médias, du cinéma, de l’art ou de la littérature sur l’image que nous nous construisons de pays “lointains“? C’est notre regard qui fabrique l’étrange (et donc l’étranger), le déplacement de notre point de vue aide à appréhender l’autre comme un alter ego (comme l’écrivait Rimbaud “Je est un autre“), à ne pas le stigmatiser par des différences sociales, culturelles ou économiques. Dans son livre L’Orientalisme (1978), Edward W. Saïd analyse et critique le système de représentation dans lequel l’Occident a crée puis enfermé l’Orient. Il retrace l’histoire des préjugés populaires anti-arabes et anti-islamiques puis révèle plus généralement la manière dont l’impérialisme occidental a fabriqué “l’autre“. En choisissant pour titre L’Orientalisme, terme qui faisait référence jusque là à un courant artistique, il lui donne une dimension géo-politique et socio-culturelle. Loin d’être une problématique obsolète, et même si les stéréotypes mis en avant par le courant orientaliste ont évolué, on ne peut que constater à quel point la situation que dénonçait Saïd à la fin des années 70 reste actuelle. Le traitement médiatique réservé aux conflits nombreux dans la région du Moyen-Orient sont la manifestation de ces enjeux qui vont au delà des questions ethniques ou religieuses. La construction de cet Orient imaginaire passe aussi par le développement de l’industrie du tourisme qui, s’il conduit à la fin de l’exotisme géographique, favorise l’exotisme culturel. L’exposition Géographies imaginaires nous invite à un changement de perspective par la confrontation de différentes approches de l’autre, de l’ailleurs ainsi que la réciprocité du sentiment d’“étrangeté“. L’Orient, plus qu’une région géographique est un monde rêvé, fantasmé, intériorisé que chacun peut se construire, s’approprier, qu’il s’agisse ou non d’un lieu réel.